AVIS DE RECHERCHE

 

Où est passé le plastique ?

Bon, alors, vous vous rappelez que, voici quelque temps, déjà, je vous avais raconté que des millions de tonnes de plastiques arrivaient chaque année dans les océans, et que ce plastique – évidemment – posait problème.

 

Des millions de tonnes ?

Oui, environ, selon l’estimation des scientifiques, un dixième de la production actuelle mondiale de deux cent quarante-cinq millions de tonnes chaque année.

 

Impossible, va affirmer le troll : on ne jette quand même pas dans la mer une bouteille en plastique sur dix (et, avec son sens de l’exagération habituel, il serait capable d’ajouter : « pourquoi pas deux cent quarante-cinq milliards de millions, pendant que vous y êtes »).

Bin, non, pas deux cent quarante-cinq milliards de millions de tonnes, parce que je ne suis pas certain que la planète entière ait jamais produit autant de plastique depuis qu’on en fabrique (encore que, on ne doit pas en être très loin)…

Cependant, en ce qui concerne la bouteille sur dix jetée à la mer, c’est pourtant la triste réalité.

Ou, du moins, c’est l’équivalent d’une bouteille sur dix qui est jetée à la mer. Parce qu’en réalité, il n’y a pas que des bouteilles en plastique…

N’oublions pas que, après l’âge de la pierre taillée (le paléolithique), après l’âge de la pierre polie (le néolithique), après l’âge du fer (ce que l’on appelle la protohistoire), les humains en sont arrivé à l’âge de la saloperie chimique du plastique.

Ça fait quand même quelques années (le plastique synthétique a été mis au point vers la fin du 19e siècle) que nous utilisons des objets en plastique, et, petit-à-petit, tous ces objets se dégradent, et se retrouvent dans les crasses qui descendent quotidiennement vers les mers.

Quand on voit qu’aujourd’hui, on retrouve du plastique sous plein de formes (des fibres, des films, des mastics, des petites pièces moulées qu’on trouve dans des milliards d’appareils, des revêtements, des tissus, des tubes, des … etc.), il ne faut pas s’étonner que tant de plastique se retrouve, sous une forme ou sous une autre, dans nos océans chaque année.

Quand vous lavez vos vêtements en « synthétique » (en plastique, quoi…), des minuscules fragments de plastique se retrouvent dans l’eau de lavage, laquelle eau de lavage va dans les égouts, puis se retrouve dans l’océan. Ok, laver UN pull en « polaire » ne va pas amener des kilos de plastique dans les eaux, mais si chaque Européen qui possède un pull en « polaire » (et si on aime le « polaire », on ne se contente pas d’un seul vêtement fabriqué en cette matière) le lave ne serait-ce qu’une fois par semaine, au total, oui, ça va faire des kilos de plastique qui vont aller dans les égouts.

 

Revenons à nos moutons à notre avis de recherche…

 

Une équipe internationale de scientifiques a affrété quatre bateaux pour aller sonder, en 2010 et 2011, les « gyres » (des zones océaniques où, à cause des courants marins, le plastique s’accumule, au point que certains parlent d’un « continent de plastique »), histoire de mesurer la quantité de plastique qui y dérive.

Après deux années de sondages, puis deux années de calculs divers, ils ont enfin sorti une étude…

 

Et là, stupeur : après calcul et recalcul, il manque du plastique !

L’épaisseur de ce « continent » est moindre que prévu !

Beaucoup moindre !

Tellement moindre que les scientifiques qui ont sondé les océans parlent d’une disparition de … accrochez-vous … 99% du plastique qu’ils s’attendaient à trouver !

 

Bin, alors, c’est plutôt bien, non ?

Non, pas si sûr…

Parce qu’il semblerait que tout ce plastique disparu se soit en fait …

… soit fait bouffer par des bactéries, …

… soit simplement réduit en « poussières », en minuscules fragments, simplement sous l’action combinée du soleil et des vagues.

Je vous en avais déjà touché deux mots quand je vous avais parlé de ce problème de plastique dans l’océan, et il semblerait bien que cette « pulvérisation » soit encore plus catastrophique que je ne le pensais.

 

Oui, et alors ? Où est le problème ?

Bin, le problème, c’est que ces microscopiques fragments de plastiques (du moins une partie, le reste coulant dans le fond de la mer ou étant phagocyté par des bactéries) sont … avalés par les poissons (et les autres habitants de la mer).

Et comme ils sont vraiment très petits (microscopiques, je vous ai dit !), s’ils ne sont pas arrêtés par une barrière dans le corps du poiscaille (une barrière de toxines, par exemple), ou s’ils ne sont pas éliminés par le système immunitaire de nos amis à écailles, ils risquent de finir par se retrouver un peu partout dans l’organisme desdits poissons, y compris dans ce qui arrive plus tard … dans nos assiettes !

Déjà à l’époque, je vous avais dit que nous allions bientôt manger du plastique quand on allait consommer du poisson de mer, bin, apparemment, nous y sommes, même si les études scientifiques ne sont pas encore assez avancées pour savoir si, quand vous achetez une boîte de crabe au magasin, il y a – ou pas – quelques microgrammes de plastique dedans.

En octobre 2013, la Sea Education Association, basée à Woods Hole, aux États-Unis, avait annoncé avoir trouvé des traces de plastique dans les intestins d’un tiers des pouces-pieds cueillis sur la « plaque » de déchets. Et comme les crabes se nourrissent de ces pouces-pieds, le plastique qu’ils ingèrent risque de contaminer toute la chaîne alimentaire.

Il n’y a pas que les poissons ou les crabes. Pensez aux moules ou aux huîtres dont le travail consiste à filtrer les eaux de la mer, et imaginez ce que vous allez trouver dans leur filtres que vous dégustez Chez Léon ou à la Noël… Jusqu’il n’y a guère, on y trouvait des minéraux en grandes quantités, depuis quelques temps, on y trouve quelques produits chimiques et quelques molécules médicamenteuses qu’on se demande ce que ça fiche là, et maintenant, on risque fort d’y retrouver … du plastique !

 

Et personne ne sait trop quelles seront les conséquences sur notre santé.

Personne parmi les scientifiques, mais, bon, si vous voulez mon avis de non-scientifique, je me dis que ça ne doit pas être très bon pour la santé de manger du plastique, même si ce n’est que quelques milligrammes ou microgrammes à chaque poisson (ou par litre de moules).

Ne dit-on pas qu’en matière de perturbations du fonctionnement de notre organisme, ce n’est pas tant la dose qui importe, mais que de minuscules doses régulières durant longtemps finissent par faire plus de dégât qu’une plus grosse dose de temps en temps ?

 

Quant aux bactéries, on en est encore à se demander si c’est un bien, ou un mal…

Bon, ok, des bactéries mangent du plastique, et donc, en quelque sorte, elle nous en débarrassent, mais…

Des chercheurs ont découvert des fragments de polypropylène pas plus gros qu’une tête d’épingle, colonisés par des bactéries du genre Vibrio, dont fait partie la gentille bactérie responsable … du choléra et d’autres troubles gastro-intestinaux.

Des bactéries qu’on retrouve aussi sur d’autres déchets, comme des plumes ou du bois. Sauf que le plastique peut parcourir de bien plus longues distances en surface que les déchets plus bio­dégradables.

L’équipe de scientifiques est maintenant en train de comparer les populations microbiennes qui se trouvent sur des fragments de plastique du Pacifique Nord et de l’Atlantique Nord, pour essayer de comprendre quelles sont toutes les bactéries qui se nourrissent de ces déchets, quels prédateurs mangent ensuite ces microbes, et si nous sommes exposés à une contamination éventuelle.

Risquons-nous, bientôt, quand nous irons nous baigner, et si nous buvons une « tasse », d’avaler quelques fragments de plastique colonisés par des bactéries qui vont nous envoyer au lit pour des jours, des semaines ? Ou au cimetière ?

 

Wait and see…

Mais, bon, bon appétit quand même…

 

 

 

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6 réflexions sur “AVIS DE RECHERCHE

  1. Je n’utilise que du verre, je ramasse les plastiques sur mon passage, mon mari pêche de merveilleux poissons quoi faire?? Bin oui tout est poubelle aujourd’hui mais nous n’avons plus le choix hélas! Bonne soirée

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  2. Avec tout ça, je me demande ce qu’on va pouvoir manger « sans risque » pour notre santé …
    Ce midi, j’ai une aile de raie, m’en vais la regarder d’une autre façon …
    Je te souhaite un bon jeudi.
    Bisoux Eric

    dom

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  3. si l’on regarde bien
    tout est empoisonné
    ce n’est pas une bonne nouvelle
    cette disparition de plastique
    Je te souhaite une agréable journée

    Gros bisous du vendredi

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