Du temps où …

Du temps où un troll me harcelait journellement (apparemment, aujourd’hui, il a fini par se rendre compte que ça ne servait à rien, et il se contente de me lire avidement, rageusement et quotidiennement, et de me dénigrer sur d’autres sites), je recevais de sa part une flopée de textes volés sur Wikipedia. Lequel Wikipedia était, conformément à l’évangile selon « saint gerard », le summum de la connaissance humaine.

  • Jadis, on disait « c’est vrai puisque je l’ai lu dans le journal ».
  • Par la suite, on disait « c’est vrai puisque je l’ai entendu à la radio ».
  • Ces dernières années, c’était devenu « c’est vrai puisque je l’ai vu à la télé ».
  • Et pour mon troll, « c’est vrai puisque c’est dans Wikipedia ».

J’ai eu beau lui expliquer, après avoir moi-même relevé quelques erreurs, que Wikipedia était loin d’être « la vérité », rien n’y faisait : il me copiait-collait à tout va les mêmes machins (éventuellement mis en caractères gras, voire soulignés), comme si le fait de m’envoyer plusieurs copies de la même erreur en faisait une vérité.

 

Un chercheur de l’université Campbell, en Caroline du Nord (aux États-Unis), monsieur Robert Hasty, s’est – lui aussi – posé la question de savoir s’il fallait se fier aveuglément aux articles qui forment l’encyclopédie en ligne.

Au risque de faire pleurer mon troll, je me dois de vous signaler que sa réponse rejoint la mienne : NON, il ne faut surtout pas prendre ce qui est écrit sur Wikipedia pour argent comptant !

Peut-être pas dans tous les articles… Laissons-leur quand même le bénéfice du doute… J’ignore si l’article concernant, par exemple, le parc « Pairi Daiza », comporte ou non des erreurs, et j’avoue que je m’en fiche un peu, vu que, s’il y a une erreur dans ce genre de texte, ça ne porte probablement pas trop à conséquence (même pour les pandas qui s’y trouvent)…

Mais en tout cas, selon Robert Hasty (et accessoirement, selon moi-même, même si je ne possède pas d’aussi beaux diplômes que les siens), quand il s’agit de la santé, le docteur Wikipedia serait recalé aux examens !

 

L’étude de l’université américaine a épluché les pages anglophones de dix maladies, comme par exemple le cancer du poumon, le diabète, les maux de dos, les troubles de l’humeur ou les traumatismes crâniens.

Des internes en médecine ont vérifié toutes les allégations reprises dans ces pages, en les comparant avec les références rencontrées dans la littérature scientifique.

Le résultat fait froid dans le dos : dans neuf des dix articles, le jury a relevé de nombreuses erreurs ! Tellement nombreuses que la fiabilité desdits articles est tombée à pratiquement zéro !

Le dixième article portait sur les traumatismes crâniens, et s’il sortait du lot, c’était a priori parce qu’il avait été rédigé par des experts en la matière, ce qui n’est pas toujours le cas pour la plupart des autres articles.

 

Alors ?

 

Bin alors, deux choses :

 

Un. Cette étude a été réalisée par des médecins officiels, des médecins de la médecine conventionnelle. Ce qui signifie qu’évidemment, l’étude est un peu « biaisée » dès le départ, puisque les éventuels renseignements portant sur des techniques non conventionnelles n’ont pas pu être évalués correctement. C’est un peu comme si, en tant que boucher-charcutier, vous écriviez un article sur la meilleure manière de faire cuire un steak, et que vous demandiez à votre voisin boulanger-pâtissier de l’évaluer : dans les deux cas, c’est de l’alimentation, mais …

Cependant, les erreurs relevées ne portaient pas que sur d’éventuelles différences de prise en charge par une médecine conventionnelle ou non-conventionnelle ! Certaines phrases, se rapportant à la médecine officielle, étaient pour le moins malencontreuses. Exemple qui a fait sursauter les cardiologues du jury, ce conseil de ne commencer à prendre en charge une hypertension artérielle qu’après trois consultations à la suite au cours desquelles on aurait constaté une HTA : si l’on prend une moyenne de quatre à six semaines (voire deux ou trois mois!) entre les consultations, c’est trois à six mois durant lesquels le système cardiovasculaire en prend un coup « pour rien »…

 

Deux. Faut-il pour autant tout rejeter en bloc ?

Non, pas obligatoirement. D’ailleurs, toujours d’après l’étude, bon nombre de médecins utilisent Wikipedia plus ou moins régulièrement pour récupérer l’une ou l’autre information. Et chez les étudiants en médecine, la proportion va jusque septante pourcents !

Moi-même, il m’arrive de temps en temps de me rafraîchir la mémoire en consultant cette encyclopédie participative (j’évite cependant de prendre tout ce que j’y trouve pour argent comptant, et je garde également à l’esprit que ces articles se doivent d’être « politiquement corrects », et que, donc, il y aurait parfois – souvent – à redire quant à leur objectivité ou leur « vérité »).

En résumé, à la lecture de cette étude, je ne puis que vous répéter ce conseil : évitez autant que, faire se peut, de faire confiance à 100% à ce site qui n’est pas toujours rédigé par des spécialistes de la question, mais par des internautes pas nécessairement « sérieux », qui n’ont peut-être pas une perception bien globale ou bien réelle de quelque chose… Ou, au contraire, par des « spécialistes » … qui ont intérêt à présenter ce « quelque chose » d’une manière … disons … différente de la réalité. C’est ainsi qu’en 2009, une compagnie pharmaceutique a été accusée d’avoir supprimé d’un article une phrase qui expliquait qu’un antidépresseur possédait, entre autres effets secondaires, le fait de pousser les adolescents à s’intéresser à l’automutilation ou au suicide ! Qui l’eût cru ?

 

Bref…

Oui, Internet est une base de données remarquablement riche et à la portée de tous.

Mais chacun est invité à user de jugement et à ne pas prendre tout ce qu’il lit pour argent comptant, parce que, non seulement dans des sites comme Wikipedia, les erreurs sont fréquentes, mais en outre, dites-vous que pour dix sites qui disent « blanc », il y en a dix qui disent « noir », et une vingtaine qui disent « gris »… Si vous n’avez pas une solide connaissance de base en la matière (sur laquelle vous faites une recherche), vous risquez de vous retrouver avec une flopée d’informations contradictoires, et ne plus savoir à quel saint vous vouer.

 

Comment se fait-il que l’on trouve tout et son contraire, sur Internet ?

Tout simplement parce que c’est facile, très facile, de mettre sur pied un site sur lequel vous vous présentez comme expert en n’importe quoi.

Jadis, pour être – peut-être – reconnu comme un expert dans telle ou telle matière, vous deviez au moins avoir publié un livre sur le sujet en question. Des jours, des semaines, des (dizaines de) mois pour l’écrire, puis la croix et la bannière pour le faire publier (et beaucoup d’argent utilisé), et seulement alors, vous pouviez jouer – peut-être – votre rôle d’expert.

Aujourd’hui, je pourrais, en une seule journée, me faire passer pour un expert … je ne sais pas, moi … en poissons rouges, tiens, par exemple. J’achète en trois minutes un nom de domaine (www.lepoissonrouge.be par exemple) pour moins de vingt euros, je loue un hébergement pour trois-quatre euros par mois, j’installe en cinq minutes un module (par exemple WordPress) qui va me permettre (gratuitement) de monter un beau site à l’aspect professionnel, sur lequel il ne me reste plus, en quelques heures, qu’à raconter n’importe quoi (mais qui semble plausible) sur les poissons rouges. Pour peu qu’ensuite j’aille raconter ma vie sur différents blogs en laissant un lien vers mon site, le nombre de visiteurs de mon site va augmenter, lesquels visiteurs vont en parler entre eux, ce qui va augmenter encore le nombre de visiteurs, et Google va finir par mettre « www.lepoissonrouge.be en tête de liste quand quelqu’un fera une recherche avec le mot-clé « poisson rouge »… Dans six mois, je serai le maître incontesté de la « poissonnologie rougesque » en Belgique, et dans un an, je serai l’invité du « Jardin Extraordinaire » (si ça existe encore) à la RTBF…

 

Bon week-end !

poisson rouge

 

 

 

 

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6 réflexions sur “Du temps où …

    • Haaa, ces braves hippopotames !
      Voici quelques années (début 2009), lors d’une « mini-interview » sur un site de bouquins, paraissaient (entre autres) les lignes suivantes :
      Interview de l’auteur
      Si vous étiez un animal, vous seriez ?
      Un hippopotame? Un chat? Un poisson, peut-être?

      Mon ex-troll a évidemment jugé bon d’ajouter son commentaire (je cite) :
      tu emploies toujours
      des mots imbeciles
      tu te compares a un animal qui est moche (C’EST NORMAL )

      Bonne soirée, maistre Villou !

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      • Tiens ? Ça me fait penser que je devrais retirer de la vente le bouquin « ABC du Mariage ». Il s’agissait d’un livre de conseils en vue de préparer son mariage … en France (à l’époque, j’avais ouvert un bureau à Paris, donc, les lois citées étaient des lois françaises). Avec les dernières modifications des lois françaises (exemple : le mariage accordé aux personnes de même sexe), il n’est plus à jour du tout, et je n’ai pas deux mois à perdre pour le ré-écrire … ha, mais non, c’est vrai, ce n’est pas moi qui l’ai écrit si j’en crois ce gentil ex-troll qui avait ajouté que :
        au fait quand passes-tu a la tv pour tes livres
        a moins que tu emploies des ecrivains publiques
        comme tous ceux qui se vantent soi-disant d’ecrire
        tu les paies cher les gens que tu fais travailler

        Et lui, paie-t-il cher (en radin qu’il est) ses nègres qui écrivent ses gentils messages à mon sujet ? 😆

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