Nous sommes le neuf juin…

Nous sommes le neuf juin : mangez du cheval !

Et avec l’aval de la SPA, encore bien !

 

Heuuu ? Et quel rapport entre le neuf juin et le fait de manger du cheval ?

Hé bien, il faut savoir qu’en France, depuis le 17ème siècle, il était jadis légalement interdit de manger du cheval.

Même si, de temps en temps, surtout en période de famine, un cheval se retrouvait dans les assiettes des consommateurs, il était théoriquement interdit de consommer cette viande qui, nutritionnellement parlant, est pourtant meilleure que la viande de bovidé.

Et même avant l’interdiction officielle, il faut avouer que la proximité de cet animal avec l’être humain rendait sa consommation plutôt marginale…

 

Deux siècles plus tard, au 19ème siècle, donc, un naturaliste – Geoffroy Saint-Hilaire, pour ceux qui se souviennent de lui – lance un grand débat dans les milieux intellectuels de la capitale française : « et si l’on autorisait la viande de cheval dans les assiettes parisiennes ? »…

Son argument, c’est que cela permettrait d’apporter de la viande à ceux qui en sont privés… Hé oui, déjà à cette époque, et bien que l’humanité ait survécu des millénaires en mangeant très peu (voire pas du tout) de viande, il se trouvait des p’tits comiques pour affirmer qu’il fallait régulièrement manger de la viande pour « bien vivre ». Il faut dire que l’argument était plus social que médical : les « grands » de ce monde mangeaient de la viande (et pratiquement à chaque repas), il était donc « normal » que le « bas peuple » puisse manger également de la viande… M’oui, admettons…

Mister Geoffroy est rejoint par des médecins (des ancêtres de Dukan, peut-être, des adeptes des régimes hyperprotéinés ?) et des vétérinaires (qu’on se demande ce qu’ils ont à voir là-dedans), qui affirment que, oui, il faut que le peuple puisse manger de la viande, et que la viande de cheval ferait parfaitement l’affaire.

La SPA, fondée en 1845 et reconnue d’utilité publique quinze ans plus tard, s’en mêle. Pour faire du marketing-pro-viande-de-cheval ! Avec une certaine logique : on trouve des chevaux à tous les coins de rue, et les propriétaires n’hésitent pas à user de brutalités[1] envers ces animaux qui n’ont plus aucune valeur une fois morts. Si le cheval, une fois devenu trop âgé pour servir encore efficacement dans le secteur de l’hippomobile, peut être revendu à un boucher, alors, peut-être le charretier sera-t-il plus enclin à mieux traiter l’animal afin qu’il garde une certaine valeur marchande ? En outre (n’oublions pas le côté « pognon »), la SPA ajoute qu’un cheval bien soigné aura un meilleur rendement qu’un animal martyrisé…

Et puis, l’argument final, c’est que ça éviterait un sacré gaspillage de viandes !

 

Bref…

Le 9 juin 1866, voici pile poil 148 ans aujourd’hui, convaincu par tant d’arguments, le préfet de la Seine autorise la vente de viande de cheval dans les boucheries parisiennes !

Happy birthday !

 

Et la première boucherie chevaline ouvrira ses portes un mois plus tard, le 9 juillet, avec la caution de la SPA.

 

La viande chevaline a connu son plus grand succès à la fin du 19ème siècle jusqu’à la guerre de quarante, puis elle a été un peu oubliée.

En partie parce qu’après la seconde guerre mondiale, nos parents et grand-parents ont juré « plus jamais ça », en parlant des privations alimentaires, et comme le cheval était initialement une « viande de pauvres » qu’on mangeait en cas de disette, nos aïeux ont préféré se mettre à consommer de la viande de bœuf à la place, une « viande de riches »…

En partie parce que le cheval est devenu un animal de compagnie plutôt qu’un animal domestique, et donc, bon nombre de gens se refusent à manger un cheval, tout comme ils se refusent à manger un chat ou un chien (ou un lapin).

 

Lorsque, voici un an (et des poussières), le « scandale de la lasagne pur bœuf chevalin » est arrivé en France (et dans toute l’Europe de l’ouest), il a été mal accueilli par le gouvernement pour des raisons de fiscalité, de fraude, mais surtout par bon nombre de citoyens pour des raisons d’affectivité.

Et rien que pour des raisons d’affect ! Pas pour des raisons nutritionnelles.

Parce que, quand on y pense bien, la viande de cheval n’est – d’un point de vue strictement nutritionnel – pas pire que les autres viandes ! Au contraire…

Je sais que je me fais chaque fois mal voir quand j’affirme ça, mais, toujours d’un point de vue strictement nutritionnel[2], je le répète, dans un classement des différentes viandes proposées dans nos pays, elle est même dans le peloton de tête, en compagnie, par exemple, du canard ou du lapin…

Cette viande contient un maximum de six pourcents de matières grasses (entre 2 et 4% pour la plupart des morceaux consommés), dont les six dixièmes sont des graisses insaturées. Vingt-huit pourcents de protéines. Et une portion de cent grammes de viande de cheval apporte seulement 120 calories (comme l’escalope de dinde ou de poulet, contre 175 pour la même quantité de bœuf, 215 pour le mouton, et jusque 330 pour le porc).

 

Sinon, à part ça, ce soir, j’ai un steak végétarien qui m’attend dans mon frigo…

 

 

 


[1] Saviez-vous que la première loi française sur les violences animales datait de 1850 ? La première loi de protection animale s’appelait la loi Grammont, et elle dénonçait la violence sur les animaux dans les lieux publics. Violence sur les animaux en général, et sur les chevaux en particulier. La motivation de cette loi ? Ho, ne vous méprenez pas : il n’était pas question de prendre en compte réellement la souffrance animale, mais plutôt la réaction du spectateur qui assisterait involontairement à une séance de coups sur le dos d’un cheval. En effet, déjà à cette époque, le pouvoir cherchait à réguler la violence quotidienne du « bas peuple », et voir des coups portés à un animal pouvait « exciter » ledit peuple encore plus !

[2] Je ne parle pas de l’affection qu’on pourrait – ou pas – porter à l’un ou l’autre animal, je parle uniquement des avantages et des inconvénients, pour la santé humaine, de manger – ou pas – de la viande, et laquelle. Quand j’affirme que le régime végétarien est meilleure pour la santé que le régime carnivore (ou même omnivore), je me place exclusivement au point de vue de la santé de l’humain. Quand je dis que, si l’on veut absolument manger des protéines animales, il vaut mieux consommer du poisson, du canard, du lapin, du pigeon, du sanglier et du cheval, plutôt que du veau, du porc, du bœuf et du mouton, je me place (aussi) exclusivement au point de vue de la santé de l’humain.

 

Bon appétit !

 

 

 

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4 réflexions sur “Nous sommes le neuf juin…

  1. j’en mangeais de préférence, lorsque j’étais jeune et mes parents aussi donc; j’aimais bien et comme tu le dis, plus sain
    j’avoue que si je dois manger de la viande rouge je préfèrerai celle-ci mais je ne mange plus de viande rouge sauf au restau si je ne devais voir que ça sur la carte d’un excellent restau
    je préfère le porc, un bon cochon d’auvergne ou d’Ardèche et seulement pour casser un peu le rythme de mon presque végétarisme

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  2. je suis toujours étonné qu’ on fasse des différences entre animaux !
    je ne vois pas en quoi un cheval est mieux qu’ une chèvre ou une vache !
    Tout est dans l ‘esprit, et tuer une mouche , c’ est tuer un animal .
    Le s grand singes sont omnivores, et donc ne détestent pas la viande d’ autres espèces de singes !
    Nous aussi sommes omnivores, mais devons faire la différence en respectant des règles pour le bien être des animaux
    bonne journée
    amitié

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  3. En y réfléchissant bien…
    Y a-t-il un seul animal (non-venimeux) qu’on n’ait jamais retrouvé dans une assiette ?
    Comme je le dis régulièrement, notre tube digestif n’est pas celui d’un carnivore (c’est celui d’un frugivore), mais, pour peu que l’on soit en bonne santé, il est capable de digérer un minimum de chair animale, depuis la bactérie jusqu’à la viande de baleine…

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