Interview d’un ancien Vert belge…

On n’a pas tiré les bonnes leçons de Fukushima, estime Paul Lannoye. L’ancien fondateur d’Écolo poussera la liste namuroise du Rassemblement R aux élections régionales. Ce petit parti citoyen, qui espère réunir des signatures pour se présenter aussi à Tournai, Dinant, Verviers, Neufchateau, Bruxelles et peut-être en Flandre, demande au futur gouvernement d’exiger de la France qu’elle organise une consultation avant toute décision relative à la prolongation de ses centrales nucléaires. Trois réacteurs français sont implantés à nos frontières, dans un rayon de 30 km, moindre que celui de l’impact de la catastrophe atomique qui a meurtri le Japon il y a tout juste trois ans.

 

Paul Lannoye, selon vous le monde n’a pas tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima.

On en a tiré les leçons, mais pas les bonnes selon moi, quand on entend les experts, comme le président de l’Autorité de sécurité Nucléaire française, dire que l’accident est possible en France et qu’il faut se préparer à faire face à un accident très grave, qui peut conduire à une stérilisation du territoire pendant des années.

 

Il ne le dit pas comme cela.

Non, bien sûr. Mais un accident aurait de toute façon un coût économique énorme, un coût humain impressionnant et un coût écologique dramatique. Il suffit de voir les conséquences de Fukushima. Gregory Jaczkso, ancien président de l’Autorité de Sûreté nucléaire des États-Unis, estimait que l’impact de cette tragédie sur l’économie japonaise atteindra 500 milliards de dollars. Il ajoute que des accidents nucléaires susceptibles d’impacter toute une économie sont inacceptables, qu’il est temps de supprimer totalement la possibilité que de tels accidents se produisent et de commencer à arrêter tous les réacteurs nucléaires en activité.

 

Pour vous, aucun réacteur n’est sûr. Celui de Fukushima n’était pourtant pas du même type que ceux que nous avons en Europe.

C’est vrai, il était de type BWR (à eau bouillante) plutôt que PWR (à eau pressurisée). Mais fondamentalement, cela ne change rien. Techniquement, c’est différent mais ce n’est pas ça qui aurait évité la catastrophe de Fukushima. Aucun réacteur aujourd’hui, en Europe, n’a été prévu pour faire face à un tremblement de terre du niveau de celui qui s’est produit au Japon. Or, on a aussi connu des séismes importants, qui dans le passé ont détruit Bâle ou Lisbonne. La probabilité est très faible, je veux bien, mais pas nulle. Est-ce que c’est tolérable? Je pense que non.

 

Comme risque, il n’y a pas que la probabilité d’un tremblement de terre.

On ne va pas commencer à élaborer des scénarios mais le plus préoccupant serait la conjonction de deux événements graves. Un accident dans une usine proche, de type Seveso, comme il y en a à Anvers ou en région liégeoise, pourrait rendre inopérant le système de contrôle d’une centrale nucléaire. C’est ce qui s’est passé lors de la catastrophe de Fukushima: il n’y avait plus d’apport d’électricité pour contrôler la centrale.

 

La prolongation des vieilles centrales vous inquiètent.

Un réacteur comme Tihange 1 est antérieur a tous les accidents nucléaires qu’on a connus: Tree Miles Island, Tchernobyl, Fukushima. La Belgique a bien fait de sortir du nucléaire, même si c’est à retardement. Mais la France s’obstine, c’est le gros problème. Car nous avons à nos frontières trois gros sites nucléaires, à moins de 30 kilomètres. Dont celui de Chooz, qui est pratiquement en Belgique. Gravelines, c’est une centrale qui date des années 80.

 

Mais comment le gouvernement belge pourrait-il faire fléchir la décision française de prolonger la vie de ses centrales ?

La thèse que je défends, c’est qu’on peut faire appel au traité européen Euratom. Même si c’est un mauvais traité, pro-nucléaire, un article prévoit néanmoins une consultation des États riverains en cas d’expérience dangereuse menée par un État membre.

 

Prolonger une centrale serait une « expérience dangereuse » ?

Je prétends que c’est dangereux oui. Il n’y a aucun réacteur dans le monde qui a jamais atteint une durée de vie de 60 ans. Il ne serait pas difficile de plaider l’expérience. Il faudrait au moins que les Français s’expliquent sur le sujet.

 

La France construit aussi de nouvelles centrales.

Oui, un EPR est en construction à Flamanville et un en Finlande. Mais ces deux réacteurs vont coûter le double de ce qui était prévu au départ. Le coût sera insupportable pour le budget d’EDF et d’Areva. Les budgets publics sont eux-mêmes en difficultés. D’où le choix de prolonger la vie des réacteurs existants. Ils étaient prévus pour 30 ans. Passer à 40 comme en Belgique est déjà problématique. Mais 60 ans, cela devient beaucoup!

 

D’autres pays européens n’ont pas renoncé à investir dans le nucléaire.

L’Angleterre a dit qu’elle va le faire, c’est vrai. Mais tous les autres, l’Italie, l’Allemagne, ont dit qu’ils arrêtaient. En Espagne, ce n’est pas aussi clair, mais il n’y a pas pour l’instant de programme de relance. L’Autriche a un réacteur qui n’a jamais fonctionné, il a été transformé en musée. Il en existe par contre en Tchéquie et en Roumanie, mais c’est une technologie soviétique. C’est du passé, des filières dépassées. La confiance a été fortement ébranlée.

 

Au Japon, où 50 réacteurs ont été mis à l’arrêt, le gouvernement semble pourtant décidé à les remettre en service. C’est quand même frappant, alors que le pays a été si durement touché il y a trois ans à peine. Ça vous étonne ?

Je suis stupéfait: la bêtise humaine est extraordinaire. Mais les enjeux économiques l’emportent. C’est le court terme par rapport au long terme. Le Japon, où les tremblements de terre sont permanents, est un pays où on n’aurait jamais dû construire de centrales nucléaires.

 

Texte original sur « L’Avenir »…

 

 

 

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