À taaaaable !

Êtes-vous allé à l’ouverture de l’épicerie fine à Berlin ?

Durant les fêtes de fin d’année, David Spanier, un jeune homme de trente et un ans, a ouvert une épicerie fine dans le quartier plutôt « aisé » de Grunewald, dans l’arrondissement de Charlottenburg-Wilmersdorf…

Qui dit « quartier chic » dit forcément « prix chocs »…

Par exemple, on y trouve des menus tout préparés coûtant entre trois et six euros, des petits gâteaux pour quatre euros, de l’huile de saumon pour neuf euros.

Et ce dans une boutique au design luxueux, où les consommateurs peuvent choisir de déguster sur place, ou d’emporter leurs repas ou leurs friandises, parmi lesquelles des portions de bœuf, de kangourou, de dinde, portions accompagnées de brocoli ou de baies, avec du riz, des pâtes ou des pommes de terre, dans des barquettes en plastique.

 

Bon, oui, et alors ? Qu’est-ce que ça a de si extraordinaire ?

C’est la clientèle, qui sort un peu de l’ordinaire…

Cette épicerie fine vend des produits de luxe (normal pour une épicerie fine) pour … chiens et pour chats.

David Spanier a un chien. Lequel chien ne digère pas la nourriture industrielle vendue en supermarché. C’est alors que David a eu l’idée d’ouvrir ce lieu, pour pouvoir offrir aux chiens et aux chats des aliments naturels, qui n’ont pas été tripatouillés par l’industrie. « La nourriture industrielle est mauvaise pour les bêtes[1]. C’est comme si j’allais tous les jours manger dans un fast-food : je trouve ça bon, mais c’est très mauvais pour la santé », explique-t-il.

Il a donc ouvert sa boutique appelée « Pets Deli », et, en guise de gérante de l’épicerie, a engagé Katharina Warkalla, une spécialiste en diététique animalière qui prodigue des conseils nutritionnels.

Selon Herr Spanier, « Les viandes sont d’une qualité telle qu’elles peuvent être consommées sans danger par des humains »…

 

Alors, évidemment, ça râle sec dans la « classe ouvrière »…

Avec le classique argument : « Un magasin aussi décadent donne l’impression que l’on fait plus de choses pour les animaux que pour les enfants », a critiqué Wolfgang Büscher, de l’association caritative « Arche », dans le journal populaire Bild.

Décadent, je ne sais pas, mais il faut avouer que David Spanier a fait fort en intégrant des gamelles dans un environnement spécialement pensé pour les animaux, environnement réalisé avec des bûches provenant d’un bois où sont souvent promenés les chiens du quartier, afin de créer un environnement olfactif censé les mettre à l’aise !

Herr Spanier balaie l’objection de décadence en expliquant qu’il s’agit juste de « bien-être »…

Il est vrai que si l’industrie agro-alimentaire fournissait des aliments « corrects » (aussi bien pour les animaux que pour les humains, d’ailleurs), et pas de la merde-en-boîte, ce genre de boutique deviendrait inutile… Mais pour ça, on peut toujours rêver ! Vous avez déjà vu un industriel qui se préoccupait plus du bien-être de son client que du bien-être du compte bancaire de sa société, vous ?

Quant à l’argument « et les enfants, là-dedans ? », ma foi, je pense (mais ça n’engage que moi) qu’il ne tient pas la route. Il est probable que les clients de cette épicerie dépensaient déjà des sommes « gastronomiques » pour nourrir leurs chats et leurs chiens, pour que ceux-ci disposent d’une certaine qualité d’aliments. L’ouverture de ce « Pets Deli » n’aura probablement fait que centraliser des achats qui se faisaient auparavant dans diverses boutiques. Et donc, ça ne va pas « détourner » de l’argent qui aurait été auparavant destinés aux enfants.

Bild s’interrogeait ce jeudi sur « Berlin a-t-elle vraiment besoin d’un restaurant gastronomique pour chiens ? »… Ma réponse serait que, si ce n’est évidemment pas indispensable, le « besoin » existe déjà, et ça ne changera rien au comportement des gens qui deviendront clients, quoi qu’en pensent les jaloux qui auraient préféré que ce même argent serve pour leur chapelle… Des pauvres qui ont des difficultés à acheter ne serait-ce qu’un pain, et des riches qui vident une flûte de champagne en grignotant des toasts au caviar en guise de breakfast, il y en a toujours eu, et il y en aura toujours. Tout comme des gens, riches ou pauvres, qui préfèreront leur chat à leur enfant, ou l’inverse, … ou qui aimeront tout autant les animaux que les enfants…

 

Bon, cela dit, je mangerais bien un petit ragoût de kangourou avec des patates sautées et du brocoli, moi…

 

 

 


[1] Pas que pour « les bêtes », d’ailleurs… 😈

 

 

 

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3 réflexions sur “À taaaaable !

  1. Bah, pourquoi pas ? Si on aime son animal et qu’on a les moyens de le nourrir mieux qu’avec… comment tu as dit de la « m…-en-boîte », bah oui, ça semble normal, non ?!

    Bonne soirée, Maître Eric.

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