Du pain, du vin, du Boursin !

 

J’adore ce slogan publicitaire, parce qu’il vous cite précisément trois produits qu’il vaut mieux éviter de consommer trop souvent…

 

Du Boursin ?

Pas seulement le Boursin. Ce n’est qu’un exemple pour reprendre les termes de la publicité. Mais en réalité, ce sont tous les produits laitiers qu’il vaudrait mieux éviter de consommer en grandes quantités.

L’humain est un mammifère. En tant que tel, il nourrit ses petits avec son lait. La vache fait la même chose pour son veau, la chèvre pour son chevreau, la chatte pour son chaton. Et ainsi de suite. Chaque espèce produit un lait adapté aux bébés de l’espèce. Et il est exceptionnel[1] que le lait d’une espèce serve à nourrir les bébés d’une autre espèce. Donc, il est logique que le bébé humain mange, dans les premiers temps de sa vie, du lait que lui donne sa mère, du lait humain.

Au bout d’un certain temps plus ou moins long selon les espèces, quand le veau grandit, il cesse de boire le lait de sa maman. Le chevreau, le chaton et les autres bébés des autres mammifères font de même, et donc, ils ne boivent plus, sauf en de très rares occasions, le lait de leur mère. Il est donc logique que le bébé humain, une fois qu’il grandit, cesse petit-à-petit de boire le lait de sa mère. La transition commence généralement vers six mois, et se poursuit, selon les cultures (et selon les disponibilités de la maman !) durant quelques mois, jusqu’à ce que le bébé ne reçoive plus de lait maternel. Il est rare (même si ça existe … pour le plus grand bien de l’enfant) qu’un enfant de trois ans tète encore le lait de sa mère. Même si le lait maternel coule encore un peu lorsque l’enfant dépasse l’âge de deux ans, notre civilisation judéo-chrétienne trouverait cela inconvenant !

Alors, bon sang, dites-moi donc pour quels motifs – autres que financiers – un humain devrait, une fois son sevrage terminé, continuer à boire du lait, … du lait d’une autre espèce que la sienne, qui plus est ! Vous avez déjà vu souvent des moutons aller téter des louves, vous ? Ou des chiens téter des femmes ?

Je vous choque ? Bin, oui, c’est choquant d’imaginer un chien en train de téter une femme. La femme qui laisserait son chien faire cela serait considérée comme dépravée. Tout aussi dépravé serait considéré l’humain qui se mettrait à aller sucer les mamelles des autres mammifères pour boire leur lait… Et pourtant, « on » (pas moi) trouve tout-à-fait « normal » que les humains se mettent à téter les pis des vaches ! Non, c’est vrai, vous allez me dire qu’on ne boit pas directement le lait en-dessous de la vache… Bah, non, on a inventé la bouteille pour que ce soit moins inconvenant … mais c’est d’autant plus hypocrite !

Bref, non, il n’est pas « normal », il n’est pas naturel qu’un mammifère – l’humain en l’occurrence – continue à boire du lait une fois son sevrage terminé, du lait d’une autre espèce que la sienne ! Et le consommer sous forme de lait liquide, sous forme de crème (glacée ou non), sous forme de fromages, etc., ne change rien au fait que l’être humain n’est pas, physiologiquement parlant, prévu pour consommer du lait une fois adulte, et surtout pas du lait de vache. Parce que chez 75% de la population humaine adulte, il manque une enzyme appelée lactase qui sert à digérer le sucre du lait, tout simplement. Cette enzyme n’est – naturellement – pas présente parce que l’humain n’en a –naturellement – pas besoin, vu qu’il ne devrait – naturellement – pas consommer de lait.

Bon, maintenant, relativisons un peu. Si vous aimez les produits laitiers, et si votre organisme arrive à les digérer sans vous obliger à courir « sur le pot » dans l’heure qui suit votre repas à base de baguette-fromage, pourquoi pas, de temps en temps… Ce n’est pas spécialement « bon » pour votre santé (contrairement à ce que la publicité vous fait croire), mais si le supportez, ce n’est pas nécessairement « mauvais » non plus. Sauf si vous exagérez ! Un fromage par jour après votre repas principal (comme cela se fait souvent en France), du lait dans vos sucreries céréales du matin, et un yaourt en guise de dessert, c’est déjà trop, beaucoup trop ! Et puis, tant qu’à faire, privilégiez les laits de chèvres ou de brebis, « moins mauvais » que les produits laitiers des vaches.

 

 

Du vin ?

Bon, là, on va faire court.

Comme avec les produits laitiers, si vous supportez (si votre organisme supporte) les produits alcoolisés (un vin, une bière, un doigt de bourbon, …), ma foi, de temps en temps, pourquoi pas.

Mais soyons clairs ! Non, l’alcool n’est pas « bon » pour la santé ! Pas du tout, même… Même si certains pays producteurs de boissons alcoolisées (la France avec son vin, la Belgique ou l’Allemagne avec leur bière, …) veulent faire croire le contraire. L’alcool possède effectivement bien quelques qualités (tout comme le tabac, d’ailleurs) pour la santé … des qualités qui sont malheureusement largement contrebalancées par des défauts bien plus dangereux ! Mais si vous êtes en parfaite santé, votre organisme arrivera à surmonter les dégâts dans le cas d’une consommation plus que raisonnable. Plus que raisonnable, ai-je dit. Une bière à midi en dînant, un cocktail de ce brave chanoine Félix Kir à 18h en apéritif, puis un verre de vin en soupant, c’est trop, beaucoup trop !

 

 

Du pain ?

Oui, mieux vaut éviter de consommer souvent du pain !

C’est étonnant que je vous raconte ce genre de chose alors que certains nutritionnistes, certains diététiciens vous disent le contraire, n’est-ce pas ?

C’est qu’il y a pain et pain !

Bon, d’abord, il faut savoir que le pain n’a pas « toujours » fait partie de l’alimentation humaine. Bien loin de là ! L’agriculture (et donc la culture des céréales[2]) n’est apparue dans notre civilisation que voici cinq millénaires environ. Ce qui signifie que si nous réduisions l’existence de l’humanité en une journée de 24 heures, les humains ne mangeraient des céréales (et donc du pain) que durant les sept dernières minutes ! On ne peut donc pas vraiment dire que le pain fasse partie de l’alimentation « naturelle » de l’être humain, même si, pour nous qui vivons moins d’un siècle, cinq millénaires, ça semble être une éternité… Le « on a toujours mangé du pain » qu’on entend souvent pour justifier la consommation de cette céréale est, tout simplement, une fausse vérité[3] !

Et puis, le pain fabriqué il y a cinq mille ans n’avait pas grand-chose à voir avec le pain d’aujourd’hui.

Les céréales d’alors ne contenaient presque pas de gluten. Le pain ressemblait plutôt à une grosse galette faite de céréales écrasées mélangées avec de l’eau. Nettement moins « aéré » que le machin que vous achetez aujourd’hui chez votre boulanger. Et que dire de la chose infâme étiquetée « pain » fabriquée industriellement ?

Ce qu’on appelle du « pain », aujourd’hui, c’est quoi ? Voyons donc…

À force d’hybridations, de croisements, au fil des siècles, l’homme est parvenu à augmenter petit-à-petit la teneur en gluten de son blé. Une bonne chose pour le boulanger qui arrive plus facilement à faire « pousser » son pain. Une mauvaise chose pour nos intestins qui ne sont pas prévus pour consommer tant de glutamine ! Les « intolérants au gluten » sont légions ! Et au fur et à mesure que l’alimentation humaine part en sucette (si j’ose dire), au fur et à mesure qu’on nous oblige à avaler de plus en plus de saloperies, forcément, cette intolérance se révèle de plus en plus. Tant que nous mangions encore relativement bien (disons jusqu’il y a un gros demi-siècle), ma foi, notre organisme arrivait encore à contenir les dégâts, mais maintenant, il a trop à faire, trop d’ennemis à affronter en même temps, et nous nous plaignons souvent d’eczémas, de diarrhées, de douleurs abdominales, de fatigues, de problèmes d’articulations, de reflux gastro-oesophagiens, de troubles neurologiques, …, dont il serait bon de se demander s’ils ne viendraient pas … de votre bon pain blanc[4] !

Si, « avant », on utilisait une farine réellement complète, une farine « riche », pour faire du pain, « aujourd’hui », pour des raisons de marketing (et de gros sous), on utilise une farine hyper-raffinée qui ne contient presque plus de vitamines, presque plus de minéraux, presque plus de fibres[5] ! Le dimanche matin, chez votre boulanger, la belle baguette bien blanche que vous achetez pour mettre à table au moment du fromage (en même temps que vous prenez un gâteau pour votre dessert) contient à peu près autant de nutriments que le carton qui entoure votre gâteau ! Pour consommer assez de nutriments naturellement présents dans le pain, vous devriez manger chaque jour la quantité de pain que vous consommez en dix ans ! Autrement dit, vous mangez … de l’air, du vent !

Rectification, vous ne mangez pas que de l’air. Malheureusement… Parce que, finalement, vous mangez … de l’amidon ! C’est-à-dire du sucre ! « Avant », quand on parlait du vrai pain, on parlait de « sucre lent »… Parce que les fibres « ralentissaient » le sucre de l’amidon. Mais l’amidon seul n’est pas un « sucre lent » ! Il s’agit d’une bombe glycémique ! Le « bête » pain blanc a un index glycémique de 70[6], mais au plus la farine est raffinée, au plus l’IG monte ! Et après, on se demande pourquoi le nombre de diabétiques (entre autres maladies causées par l’excès de sucres, parce que le sucre se retrouve aussi dans les causes de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires, …) grimpe de plus en plus !

Vous mangez aussi du sel. À raison d’une petite vingtaine de grammes par kilo de pain. Imaginons que vous achetiez un Dagobert. Les Belges connaissent, mais pour les Français, je vais quand même préciser qu’il s’agit de l’appellation belge de la demi-baguette « garnie[7] ». Une demi-baguette (125g = deux gros grammes de sel), du jambon (deux ou trois grammes, selon le jambon et selon la quantité de garniture), et un peu de beurre (salé généralement, mais disons que, pour les besoins du calcul, vous preniez un sandwich sans beurre salé), et hop, vous arrivez déjà presque à votre dose de sel pour la journée !

 

 

Du pain, du vin et du Boursin ?

Non merci…

Ou alors, raisonnablement.

TRÈS raisonnablement !

 

 


[1] Cela arrive. On a vu, voici quelques années, un bébé tigre être nourri par une truie. Les photos avaient fait le tour du Net… Mais, bon, les exceptions sont là pour confirmer les règles, dit-on. Et « normalement », on ne trouve pas « naturel » de nourrir un poulain avec du lait d’une guenon, ou un faon avec du lait de belette…

[2] Les vraies céréales, hein, pas les sucreries qu’on vous refile sous ce nom pour empoisonner vos enfants chaque matin avec des produits gras, salés, sucrés. C’est d’ailleurs fou de voir, dans les publicités françaises, défiler le texte « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé » quand on fait la promo d’un produit – les céréales du p’tit déj’ – qui sont précisément trop grasses, trop sucrées et même trop salées !

[3] Comme bon nombre de choses qu’on vous faire croire pour vous vendre de plus en plus de crasses ! « L’humanité a toujours bu du lait » fait partie de ces « contre-vérités »… Sauf que dans ce cas-ci, il s’agit d’un mensonge éhonté conçus par l’industrie agro-alimentaire, et non, comme dans le cas du pain, d’une généralisation due à une certaine limite de notre perception du temps.

[4] Il n’y a pas que le pain blanc qui contienne trop de gluten, évidemment. Les produits contenant de la farine sont nombreux. Trop nombreux ! D’où cette accumulation de glutamine qui trouble peut-être votre organisme. Essayez de supprimer, durant une dizaine de jours, tous les produits « farineux » et si vous voyez une amélioration de votre santé, c’est que vous êtes intolérant au gluten !

[5] Aujourd’hui, quand on trouve des vitamines, des minéraux et des fibres dans un pain, c’est parce qu’il a été « enrichi »… « Enrichi » ? Oui, mais, attention, ça ne signifie pas qu’il serait plus riche qu’un pain fabriqué avec de la « vraie » farine ! Il est enrichi par rapport à une farine qui ne contient plus rien ! Ce qui se traduit en termes de problème mathématique par « je prends une céréale contenant 100% de vitamines, de minéraux et de fibres, j’en enlève 99%, j’en ajoute 1% pour l’enrichir, combien en reste-t-il ? »…

[6] Ne pensez pas vous en sortir en consommant un pain étiqueté « complet » : il n’a de complet que le nom ! Il s’agit d’une farine blanche, raffinée, dans laquelle on a rajouté des ingrédients… L’IG d’un pain blanc est de 70, l’IG d’un pain complet est en moyenne de … 69 !

[7] Une demi-baguette dans laquelle on met … un peu n’importe quoi. Cela va du classique jambon (cuit, cru, fumé, …), à des classiques mélanges comme le jambon-fromage, en passant par tout un tas de « salades » de viandes (poulet andalouse, porc moutarde, gyros à l’ail, …), de poissons (saumon-poireaux, crevettes à l’ail, thon mayonnaise, …), etc. …, avec ou sans beurre, avec ou sans crudités, avec ou sans œufs, … Le « Dagobert » est fait à la demande et à la commande.