Qui est Cornaro ?

 

Quelques minutes avant d’écrire ce texte, je ne le connaissais pas. Je ne pense pas en avoir jamais entendu parler auparavant…

J’ai lu ce nom dans un article qui parlait d’un personnage qui a vécu très vieux (pour l’époque) et qui soutenait apparemment un enseignement qui me plaisait bien.

Et j’ai cherché parce que j’ai voulu en savoir plus…

Voici donc – hyper résumée – l’histoire de mister Cornaro !

Alvise Luigi Cornaro est né en 1464. C’était un noble vénitien qui a vécu centenaire (il est mort en 1566), après avoir failli mourir jeune à cause des excès de sa vie dissolue. Il écrivit, alors qu’il était déjà « vieux » (à partir de 80 ans : c’est vieux, au 16e siècle) quatre recueils (intitulés « Premier Discours », « Second Discours », « Troisième Discours », et « Quatrième Discours ») dans lesquels, apparemment à la demande de « jeunes » qui s’étonnaient de le voir si alerte à son âge, il encense les bienfaits de la vie sobre qui lui a permis de survivre si longtemps.

 

Bon, alors, pourquoi est-ce que je vous parle de ce noble de Venise ?

Simplement parce que j’ai trouvé, dans ses écrits, deux trois petites choses qui me plaisent bien… Et qui me rappellent quelque chose que je vous répète régulièrement…

Puis-je me permettre de vous en offrir quelques extraits ?

 

Dans son Premiers Discours (bon, ok, il ne s’est pas foulé pour trouver un titre à ses écrits, tonton Luigi !), recueil écrit quand il avait quatre-vingt ans, il explique en long, en large et en travers qu’il ne faut ni trop boire ni trop manger !

Mais je lui laisse la parole :

Pour remédier à tous ces maux que les gens ont dès l’âge de 40 ou 50ans, l’homme doit vivre selon la simplicité dictée par la nature qui nous apprend à nous contenter de peu et à ne manger que le strict nécessaire, car tout excès de nourriture cause la maladie et mène à la mort.

J’ai décidé de renoncer à l’intempérance à cause du long cortège d’infirmités qui avaient fortement affaibli ma constitution délicate. Je me suis livré à un excès de nourriture et de boisson durant des années et mon estomac a commencé à se détraquer, violentes coliques, accès gouteux avec fièvre continuelle. La seule délivrance que je pouvais espérer était la mort. Je me trouvais dans un état pitoyable à 40 ans. Des médecins[1] m’ont fait comprendre qu’il était impératif que je change de mode de vie.

(…)

Terrorisé par l’idée de mourir jeune, j’ai décidé immédiatement de mener une vie régulière afin d’éviter une mort prématurée. (…) Le résultat est qu’en quelques jours seulement, j’ai commencé à constater que ce mode de vie me convenait parfaitement, et en moins d’un an, j’ai été entièrement libéré de tous mes problèmes de santé.

Pour maîtriser sa santé, l’homme doit maîtriser son appétit. Comme je continue de suivre ce régime modéré, j’ai une excellente santé et en aucun cas je ne manquerai de respecter la règle de la modération.

(…)

Mes amis et mes proches trouvaient que la ration alimentaire que je prenais n’était pas suffisante pour une personne de mon âge. Et à force d’arguments scientifiques[2], ils ont réussi à me convaincre d’augmenter d’une soixantaine de grammes, ma quantité de nourriture. Auparavant j’avais mangé exactement 340grs d’aliments solides par jour. Pain, viande, jaune d’œuf et potage inclus. J’augmentai alors la quantité à 400grs, et au lieu de boire 2 verres de vin par jour, j’en bus 3.

J’avais à peine mené ce genre de vie pendant 8 jours que j’ai commencé à perdre mon entrain, ma gaieté et à devenir irritable et déprimé. Au 12e jour, j’ai ressenti une douleur au côté, accompagnée d’une fièvre qui a durée 35 jours. J’ai donc abandonné pour repartir sur le régime initial et tout alla bien à nouveau.

J’ai rappelé à mes proches ces 2 proverbes :

– Qui mange peu, mange beaucoup, durant de longues années.

– Ce que nous laissons après un repas copieux nous fait plus de bien que ce que nous avons mangé.

À l’avenir, l’homme qui suit ces recommandations ne tombera plus jamais malade, il n’aura plus besoin de médecins et de médicaments, il deviendra son propre médecin, car lui seul est son meilleur médecin.

(…)

Certaines personnes disent préférer une vie courte et agréable à une vie longue faite de privations et de sacrifices. Mais ceux qui maîtrisent leur appétit sont véritablement les plus heureux et ont une vie longue et heureuse. Celui qui mène une vie régulière, c’est quoi ?

– Savoir déterminer la quantité minimale de nourriture et de boisson nécessaire pour satisfaire ses besoins quotidiens.

– Savoir sélectionner les types d’aliments et de boisson adaptés à sa constitution.

– Respecter rigoureusement sa décision d’observer ces principes.

(…)

Il n’est pas indispensable de manger aussi peu – 340 grammes – mais moi j’ai dû renoncer à manger plus à cause de la fragilité de mon estomac.

Ceux qui tolèrent toutes sortes d’aliments peuvent manger de tout mais seulement en petite quantité.[3] La seule règle à observer dans ce cas est la quantité plutôt que la qualité.

Je peux vous affirmer qu’un homme dont la constitution est fragile, mais qui vit de cette façon est sûr de vivre plus longtemps qu’un homme qui a une constitution solide mais qui mène une vie immodérée.

Les excès n’apportent que la misère, la maladie et la mort.

Je monte à cheval sans aide, je grimpe facilement une « volée » d’escaliers, je peux gravir une colline sans m’essouffler. Je suis gai et de bonne humeur, mon esprit est calme, en fait, la joie et la paix règnent dans mon cœur.

Mon palais savoure mieux les plats simples que je mange. Je suis sain d’esprit et de corps. Et je chante, car j’ai une voix meilleure maintenant.

 

Bon, faut-il continuer ?

Vous l’aurez compris : les excès, ce n’est vraiment pas ce qui conduit à une vie longue, sans maladies et sans douleurs… D’ailleurs, ne dit-on pas qu’on creuse sa tombe avec sa fourchette ?

Je vais vous citer quelques lignes de son Second Discours, qu’il a écrit à quatre-vingt-six ans :

Une personne de faible constitution peut, grâce à la raison et à une vie sobre, atteindre le grand âge, tout en restant en bonne santé. La preuve, je suis sain et vigoureux à 86 ans, 46 ans de plus que prévu. Mon cerveau fonctionne mieux et aucune de mes facultés ne diminue avec les années. Cela est dû au fait qu’en vieillissant, je réduis progressivement la quantité de nourriture solide. L’homme vieux peut se satisfaire de très peu de nourriture.

(…)

Je constate qu’avant je mangeais deux fois par jour, et maintenant que je suis plus âgé, il ne me convient plus de manger que quatre fois par jour et de diminuer la quantité à mesure que les années passent.

(…)

Je mange en général du pain, de la panade[4], des jaunes d’œuf et des potages. Pour la viande, je mange du chevreau et du mouton. Je consomme toutes sortes de volaille et aussi des poissons de mer et d’eau douce.

L’excès de quantité est encore plus nuisible qu’une nourriture inappropriée.

La différence entre une vie régulière et modérée et une vie irrégulière et immodérée est grande ! L’un donne la santé et la longévité, l’autre la maladie et la mort.

 

À 91 ans, il écrit son Troisième Discours, dont voici un court extrait significatif :

Les médecins et philosophes m’ont dit que cela tenait du miracle qu’à mon âge je sois encore capable d’écrire sur des sujets qui exigent en même temps du jugement et de l’esprit. Je leur ai expliqué que toute l’humanité pourrait aussi jouir de ce bonheur et que je ne suis qu’un simple mortel comme tous les autres, à part que je suis plus fragile et que je n’ai pas ce qu’on appelle une forte constitution.

 

Et je ne résiste pas à l’envie de vous présenter quelques lignes de son Quatrième Discours :

J’ai maintenant 95 ans et je suis toujours en bonne santé, vigoureux, content et joyeux. Cela est incroyable pour certains. La pensée de la mort ne me tourmente pas du tout. D’ailleurs, je crois fermement que j’atteindrai l’âge de 100 ans.[5]

 (…)

Malgré mon grand âge, je suis bien portant et joyeux, j’ai bon appétit et je dors bien. Tous mes sens sont en parfait état, mon intelligence est claire et vive, mon jugement sain, ma mémoire fiable, mon moral bon et je chante matin et soir.

(…)

On doit apprendre aux hommes que la modération est le chemin de la santé physique et morale.

 

Bon, hé bien, en ces journées qui succèdent à des jours plutôt « fastes » où les tables étaient moins souvent vides que remplies de tout un tas de mets « riches », posez-vous peut-être la question de savoir s’il ne serait pas temps de freiner un peu…

Et si vous vous dites que ces fariboles, c’était peut-être bien au 16e siècle, dites-vous aussi que, voici quelques mois, il a été prouvé que manger moins, beaucoup moins, allongeait l’espérance de vie … chez des rats… Personne n’a osé soumettre des humains à ce qui passerait pour un régime … inhumain. Pourtant…

 

Bon, hé bien, bon appétit ![6]

 

 

 

 


[1] À cette époque-là, apparemment, les médecins savaient encore donner de bons conseils et ne se contentaient pas de prescrire des médicaments chimiques … inexistants !

[2] Déjà alors, on argumentait « scientifiquement » pour faire croire que la Nature n’avait plus son mot à dire dans le périple de la Vie ?

[3] De tout, en petites quantités ? Ça ne vous rappelle rien, cette phrase ? À part que vous avez l’habitude de la lire plutôt écrite comme ceci : « de tout, raisonnablement »… Mais, bon, raisonnablement, c’est quoi, à votre avis ? 😆

[4] J’ignore ce que dans les années quinze cents, on appelait de la « panade », mais ce que je sais, c’est que le pain n’avait rien, mais alors rien du tout à voir avec ce que l’on ose de nos jours appeler improprement du « pain » et qui n’est plus, aujourd’hui, constitué que de farine hyper raffinée !

[5] Il est mort à 102 ans, un âge plutôt « canonique » pour l’époque !

[6] Comme le faisait remarquer Bigard, chez nous, on a tellement à manger qu’on doit se souhaiter un « bon appétit » pour s’encourager à manger !

Allez, courage, après les zakouskis qui suffiraient déjà à faire un repas complet, il n’y aura plus que l’entrée froide, la soupe, l’entrée chaude, un entremets, un plat « de résistance », du fromage (haaa, ne surtout pas l’oublier, celui-là), puis le dessert, et le café avec les mignardises sans oublier quelques verres de boissons bien alcoolisées !

Oui, bon appétit ! Vous allez en avoir besoin ! Et bon courage !

Et puis, bonne année…

 

 

 

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